KOMPETENZ WORK

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Une affiche oubliée, une question essentielle

Au détour d’un petit tangana sénégalais, mon regard s’est arrêté sur une vieille affiche jaunie par le temps. Elle annonçait un Amphi de rentrée de l’UFR des Sciences Économiques et de Gestion de l’Université Gaston Berger, organisé en février 2012. Parmi les conférenciers figurait Chérif Salif Sy, économiste reconnu et ancien conseiller technique du Président de la République.

La propriétaire des lieux, une femme „illettrée“ qui gère pourtant avec rigueur son petit commerce, m’a regardé avec étonnement lorsque je lui ai demandé l’autorisation de photographier cette affiche. Pour elle, ce n’était qu’un vieux „papier“ (bache) accroché au mur. Elle ignorait son contenu et ne comprenait pas pourquoi quelqu’un pouvait s’y intéresser.

Cette scène m’a interpellé. Comment une affiche consacrée aux sciences économiques peut-elle se retrouver, quinze ans plus tard, dans le commerce d’une femme qui n’a jamais „pu en lire le message“ ? La question n’est pas de savoir si Chérif Salif Sy ou les autres intervenants ont échoué. Elle est de s’interroger sur la capacité de nos institutions à bien faire circuler le savoir au-delà des amphithéâtres.

Cette commerçante pratique l’économie chaque jour. Elle achète, vend, négocie, gère ses dépenses et adapte ses prix selon les circonstances. Elle possède un savoir économique empirique, forgé par l’expérience, mais rarement reconnu comme tel.

Cette vieille affiche est ainsi devenue un symbole. Elle rappelle que la production du savoir ne suffit pas : encore faut-il qu’il rencontre celles et ceux qui font vivre l’économie au quotidien. Entre l’université et le tangana, il reste parfois une distance que ni les discours ni les affiches ne parviennent à franchir. Pourtant, c’est peut-être dans ces lieux modestes que l’économie révèle le mieux sa véritable signification.

Maitre Pofrima