KOMPETENZ WORK

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#2-Le Prytanée

« discipline, ouverture et formation du regard »


En 1972, à l’âge de douze ans, Youssoupha Siby réussit le concours d’entrée à l’École militaire préparatoire de Saint-Louis, qui prend le nom de Prytanée militaire Charles-Ntchoréré l’année suivante.

Il y découvre un univers très différent de celui de son enfance dakaroise. Le Prytanée rassemble alors 550 adolescents âgés de 12 à 20 ans, venus d’horizons divers et représentant sept nationalités. La vie quotidienne s’organise autour des études académiques, de l’instruction militaire, du sport et des loisirs.

Cette expérience ne se réduit cependant pas à l’apprentissage de la discipline. Pour le jeune adolescent, elle constitue aussi une ouverture sur d’autres milieux, d’autres trajectoires et d’autres façons de penser.

Youssoupha fréquente notamment les clubs de photographie et de bricolage. Il poursuit également une habitude déjà bien installée : la lecture. Avec une pointe d’humour, il se décrit comme un « rat de bibliothèque ». L’expression dit quelque chose de son rapport aux livres, mais aussi d’une curiosité qui dépasse les exigences scolaires.

La lecture occupe d’ailleurs une place particulière dans son histoire familiale. Il évoque la présence de l’encyclopédie Larousse et surtout des ouvrages de penseurs, notamment de gauche. La littérature classique, reconnaît-il, était en revanche peu présente dans la bibliothèque familiale.

Ce détail est révélateur. Il ne s’agit pas simplement d’un enfant qui lit beaucoup, mais d’un enfant qui grandit au contact de textes porteurs d’idées, de débats et de visions du monde. Les livres ne sont pas seulement des objets de connaissance. Ils deviennent des moyens de comprendre la société et les rapports de force qui la traversent.

Cette orientation intellectuelle se renforce au Prytanée. Dans le contexte des luttes de libération qui marquent plusieurs continents, Youssoupha lit quotidiennement le journal Le Monde, comme il le faisait déjà à la maison.

Il résume ainsi cette période : « Notre conscience politique s’y affina, l’initiation ayant déjà été faite à la maison. »

La formule mérite attention. Elle suggère que la formation de sa conscience politique ne relève ni d’une révélation soudaine ni d’une seule influence. Elle se construit dans la continuité des lectures familiales, puis s’enrichit au contact de l’actualité internationale et de la vie collective au Prytanée.

On voit ainsi se dessiner plusieurs dimensions de sa personnalité : l’observateur, le lecteur, l’adolescent attentif aux événements du monde et celui qui cherche à comprendre ce qui se joue derrière les faits. Ces dispositions ne font pas automatiquement un artiste. Elles contribuent toutefois à former un regard qui, plus tard, pourra trouver dans la peinture un autre moyen d’interroger le réel.